Poèmes

Retrouvailles

Retrouvailles

Dans la bibliothèque de la vieille Byzance
Temple de la mémoire, Palais de connaissance
J'ai retrouvé la trace dévorée par l'Histoire
D'un parchemin d'alliance qu'un rayon m'a fait voir
Ton nom était gravé d'une encre fatiguée
A côté de mon nom de trois points confirmés
Le récit de l'errance courait sur le papier
D'un passé interdit aux âmes réconciliées
C'est en sortant la plume de sa captivité
Que j'ai changé en encre le sang des exilés

Nous avons emprunté, vous en souvenez-vous
Le chemin rocailleux qui conduit au château
Et traversé ce pont qui vibrait de partout
Avant de pénétrer dans la chambre du haut
Pour plonger sur un lit comme deux amants fous.
Vous dévoriez mes lèvres glissant à demi mot
Au creux de mon oreille votre souffle aigre doux
Pendant que je griffais des ongles votre dos
Et que vous chuchotiez : « J'ai tant envie de vous ».

Les parfums de jasmin glissaient sur votre peau
Mon drapeau s'érigeait quand s'ouvraient vos genoux
Gonflant votre rubis libéré de l'enclos,
Vous rougissiez mon coeur, des pieds jusque aux joues ;
J'ai glissé lentement l'épée dans le fourreau
Vous m'affoliez de tendres baisers dans le cou
Fermant les yeux, ouvrant la bouche presque aussitôt
Un brasier s'allumait sous mon ventre jaloux
Et jaillissait en flot de sève et de sirop

Mais nous avons subi la haine et le courroux
Des grands inquisiteurs, le pire des fléaux
Ils nous ont séparés, jetés au fond d'un trou
Réduit sans discussion notre amour en lambeaux
Projeté dans l'exil à mille lieux de tout
Enchaînés par les pieds, poussé dans un bateau
Nous nous sommes perdus, je suis devenu fou
J'ai crié votre nom au ciel et aux oiseaux
Et depuis cinq cents ans je vous cherche partout.

Après avoir longtemps erré comme un vieux loup
Du plus chaud de l'Espagne à l'Empire ottoman
Après avoir cent fois risqué la corde au cou
Et cent fois traversé les barrières du temps
Je vous retrouve enfin et mélange avec vous
Le feu, le vent, le sable, le vin, le miel et l'eau
J'ai attendu cinq siècles pour sortir de la boue
Et cueillir sur vos lèvres la promesse d'un cadeau
Plus jamais, je le jure, n'aimerais à genoux.

Nos anges désormais se mélangent en nous
Je dépose à vos pieds la lourdeur des fardeaux
Vous me criez « courage ! » et je vous dis « Debout !»
Le temps est aboli où je risquais ma peau
A clamer mon amour en hurlant comme un fou
Exigeant des étoiles qu'elles répondent en écho
Je décide aujourd'hui en accord avec vous
Sous le regard des astres et au delà des mots
D'inscrire dans le céleste la promesse de l'époux
Et de sortir enfin de l'infernale roue.

Georges Colleuil - 12 Janvier 2003

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